La querelle des inventaires

La Querelle des inventaires est un ensemble de troubles survenus en de multiples régions de France, consécutif à la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 et au décret du 29 décembre 1905, prévoyant l’inventaire des biens des Églises, notamment de l’Église catholique, afin de préparer la dévolution de ces biens aux associations cultuelles. La mise en œuvre de cet inventaire suscita des conflits dans certaines régions de France, essentiellement les régions fortement catholiques. Voici deux exemples de « querelles » parmi les milliers d’autres.

A Froidefontaine (Territoire de Belfort)
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On peut lire sur la porte de la sacristie, qui garde gravée en souvenir de l’inventaire, cette phrase entourée de Liberté, Égalité, Fraternité : « Cette porte à été brisée au nom de la loi le 20 novembre 1906 »

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A l’Abbaye en Grandvaux (Jura)

Le texte et photo ci-dessous sont extraits de L’Histoire du Grandvaux par l’abbé Luc Maillet-Guy  page 527, édition de 1933.

Abbaye 1906Inventaire de l’église de l’Abbaye du Grandvaux, le samedi 17 février I906.

M. Bunod, curé de l’Abbaye. entouré de ses fabriciens et d’une nombreuse assistance, lut à M. Bron, receveur des Domaines à Saint-Laurent, une énergique protestation. Mais, quand celui-ci s’avança, la foule, massée devant L’église, lui cria : « Vous n’entrerez pas ». Ce que voyant, le receveur se retira.

Dans la soirée du vendredi 16, le bruit se répand avec une rapidité étonnante que l’inventaire se fera le lendemain, à 9 heures du matin. Aussitôt une foule d’hommes et de jeunes gens accourent, munis de pelles, pour établir avec de la neige des fortifications monumentales contre les cinq portes, après en avoir préalablement comblé les tambours. Ils travaillent avec un courage infatigable jusqu’à une heure avancée de la nuit, Puis ils terminent leur œuvre en plaçant au-dessus de la fortification principale un écriteau avec ces mots significatifs : Dieu seul.

Samedi, neuf heures sonnent. La foule s’est dispersée pour jouir à distance de la déception des assaillants. Arrive la force armée, la brigade à cheval de Saint-Laurent, renforcée de celles de Saint-Claude et Morez. On compte jusqu’à quinze gendarmes, suivis du receveur ainsi que d’un crocheteur étranger.

L’un après l’autre, les gendarmes viennent se heurter contre les montagnes de neige, et, surpris, répètent successivement en défilant devant l’inscription : « Dieu seul ! » Très embarrassés, ils tiennent conseil au moins un quart d’heure, puis, à contre-cœur, ne sachant quel parti prendre, se résignent à chercher des outils, mais ils entreprennent l’assaut de la forteresse à l’aide d’une seule pelle, difficilement trouvée. Tour à tour, les gendarmes, transformés en manœuvres, travaillent une heure et demie en maugréant. Parvenus enfin à découvrir l’imposte, ils l’enfoncent, et c’est par cette brèche que le receveur et ses témoins pénètrent ridiculement dans l’église.

Leur besogne terminée, les agents de l’État repartirent au milieu des rires moqueurs de la population.

Après leur départ, les portes furent rapidement déblayées, grâce aux ardents travailleurs. La foule entra ensuite clans l’église pour faire amende honorable à Notre-Seigneur et recevoir sa bénédiction.

On se souviendra longtemps du siège comique de l’église de l’Abbaye du Grandvaux.

Ajoutons que M. Aimé Mussillon, garde champêtre à Grande-Rivière, a été révoqué de ses fonctions pour avoir protesté contre l’inventaire de l’église de l’Abbaye.

L’écriteau historique « Dieu seul » se conserve religieusement dans l’église de l’Abbaye.