Le chant des chemins de fer

Cette cantate a été commandée par la ville de Lille à Berlioz pour l’inauguration de la ligne Paris-Lille en 1846.  Le texte est de Jules Janin, son ami, un saint-simonien notoire. Le compositeur s’était enthousiasmé à cette époque pour cette doctrine.
Les paroles, citons : les « soldats de la paix », les ouvriers, dont « la couronne est prête » pour célébrer leur « victoire », « le peuple (qui) accourt », le « travail humain », « l’avenir plus grand, plus beau » et les « merveilles de l’industrie », sont empreintes de l’influence saint-simonienne. Industrie et industriel étaient les mots clefs des théories sociales saint-simoniennes, symboles d’un progrès technique appelé à sauver l’humanité pour la mener à la transcendance divine.


Paroles
C’est le grand jour, le jour de fête,
Jour du triomphe et des lauriers.
Pour vous, ouvriers,
La couronne est prête.
Soldats de la paix,
C’est votre victoire;
C’est à vous la gloire
De tant de bienfaits.

C’est le grand jour, etc.

Les cloches sonnent dès l’aurore,
Et le canon répond sur les remparts.
Sous l’oriflamme tricolore
Le peuple accourt de toutes parts.

C’est le grand jour, etc.

Que de montagnes effacées !
Que de rivières traversées !
Travail humain, fécondante sueur !
Quels prodiges et quel labeur !

C’est le grand jour, etc.

Les vieillards, devant ce spectacle,
En souriant descendront au tombeau ;
Car à leurs enfants ce miracle
Fait l’avenir plus grand, plus beau.

C’est le grand jour, etc.

Des merveilles de l’industrie
Nous, les témoins, il faut chanter
La paix ! Le Roi ! L’ouvrier ! La patrie !
Et le commerce et ses bienfaits !

C’est le grand jour, le jour de fête,
Jour du triomphe et des lauriers.

Que dans les campagnes si belles
Par l’amitié les peuples plus heureux
Élévent leurs voix solennelles
Jusqu’à Dieu caché dans les cieux !

C’est le grand jour, le jour de fête,
Jour du triomphe et des lauriers.