*Le pianiste

La musique du film de Roman Polanski « Le pianiste », 2002, 2h30

Durant la Seconde Guerre mondiale, Wladyslaw Szpilman, un pianiste juif polonais, échappe à la déportation mais se retrouve prisonnier du ghetto de Varsovie. Il parvient à s’en échapper et se réfugie dans les ruines de la capitale… Le Pianiste est le film le plus intime et le plus personnel du cinéaste. Enfant, Roman Polanski a vécu dans le ghetto de Cracovie, dont il a pu s’échapper. Sa famille a été déportée – sa mère mourra à Auschwitz ; son père, déporté à Matthausen, en reviendra. C’est en lisant les mémoires de Wladyslaw Szpilman que Polanski a trouvé l’histoire qu’il lui fallait, pour raconter ses souvenirs sans se raconter lui-même. Adrien Brody est la révélation de ce film, il remporte l’Oscar et le César du meilleur acteur en 2002. Le film reçoit par ailleurs de multiples récompenses – la Palme d’Or à Cannes, sept Césars dont celui du meilleur film et celui du meilleur réalisateur ainsi que trois Oscars. C’est la première fois que Polanski tourne en Pologne depuis Le Couteau dans l’eau, quarante ans plus tôt. Roman Polanski : « C’est sans doute mon film le plus personnel pour la simple raison que j’ai puisé dans mes propres souvenirs de l’époque. Curieusement, il me fut plus douloureux de faire les recherches de préparation que de tourner. Cependant, pendant les six mois de tournage, il y eut des moments qui me rappelaient les événements passés avec une telle intensité que j’en avais le souffle coupé.»
Institut Lumière – Lyon


Extrait du film :

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Les tulipes de Chio

Sur Chio, petite île grecque de la mer Égée septentrionale, les tulipes sauvages sont appelées lalades. Au début du mois de mars, elles recouvrent de leurs fleurs les champs et les oliveraies. Leur floraison éphémère : de sept à dix jours seulement.

En 1822, la Grèce se proclame indépendante. Des populations sont alors massacrées par les Turcs, notamment les habitants de Chio, séparée de la Turquie par un détroit de 8 kilomètres seulement. Eugène Delacroix peint « Scène des massacres de Scio« , Victor Hugo écrit « L’Enfant« .

L’enfant (Les Orientales – 8-10 juillet 1828)
Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.