Le Temps et la Terre

Explications du mécanisme des globes

Les hommes ont toujours voulu construire des mécanismes pour montrer les mouvements des astres. Ici, Terre, Lune, Soleil, Constellations. Dessin extrait de ma publication : Six globes célestes

« Regardez. Voici la Terre :
L’homme est dessus, le mystère est dedans. Globe enrayant ! Un axe à la fois rotatoire et magnétique, c’est-à-dire produisant le mouvement et créant la vie ; au centre, peut-être une fournaise ; aux deux extrémités de l’axe, deux glaciers de mille lieues de tour que déplace lentement la précession des équinoxes et qui, en fondant, font basculer le globe tous les quinze mille ans selon les uns, tous les deux cent mille ans selon les autres, et mettent brusquement la mer à la place de la terre ; submersions périodiques visibles en quelque sorte dans la forme aiguë actuelle de tous les continents du côté du pôle austral, plus lourd en ce moment que le pôle boréal. La première fonction de la terre pour l’homme, c’est d’être l’horloge immense ; sa rotation crée ce que nous appelons le jour ou le nychthemeron*; la Terre mesure le temps dans l’éternité. Prise en elle-même, quelle impénétrable genèse ! Autrefois, dans les profondeurs immémoriales des cycles cosmiques, elle a bouillonné. Les collines marquent ses palpitations, les monts marquent ses convulsions…
Qu’est-ce que cette sphère ? est-ce un laboratoire ? est-ce un organisme ? est-ce les deux à la fois ? »

Victor HugoProses philosophiques

*terme ancien pour désigner le nycthémère c’est-à-dire un cycle de 24 heures incluant le jour et la nuit.

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Les tulipes de Chio

Sur Chio, petite île grecque de la mer Égée septentrionale, les tulipes sauvages sont appelées lalades. Au début du mois de mars, elles recouvrent de leurs fleurs les champs et les oliveraies. Leur floraison éphémère : de sept à dix jours seulement.

En 1822, la Grèce se proclame indépendante. Des populations sont alors massacrées par les Turcs, notamment les habitants de Chio, séparée de la Turquie par un détroit de 8 kilomètres seulement. Eugène Delacroix peint « Scène des massacres de Scio« , Victor Hugo écrit « L’Enfant« .

L’enfant (Les Orientales – 8-10 juillet 1828)
Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

Si vous n’avez rien à me dire..


Le texte de Victor Hugo, extrait des Contemplations
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Pourquoi me faire ce sourire
Dont la douceur m’emplit d’émoi ?
Si vous n’avez rien à m’offrir
Qu’un peu de trouble, de désarroi,
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Si vous n’avez rien à m’apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ?
À quel rêve angélique et tendre,
Avez-vous songé en chemin ?
Si vraiment je ne peux m’attendre
Qu’à des instants sans lendemain,
Si vous n’avez rien à m’apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ?
Si vous voulez que je m’en aille,
Pourquoi passez-vous par ici ?
Lorsque je vous vois, je défaille :
C’est ma joie et c’est mon souci.
Si vous n’avez rien à me faire
Que tout ce trouble, ce désarroi,
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?

L’ignorance

En souvenir d’une excursion en forme de « coupe en travers du Jura »
en juillet 2012

Jura Marine ManuMarine D. et Emmanuel P. (cliquez pour agrandir)*

Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
Où rampe la raison, l’honnêteté périt.
         Victor Hugo, Les Quatre vents de l’esprit, 1881.

*Photo JCM Juillet 2012 : école primaire-musée de Château-Chalon (Jura)

La chanson de Maglia

maglia
Poème de Victor Hugo de son recueil  « Toute la lyre », chanté par Réggiani sur une musique de Gainsbourg (1961)

Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid
A vous la splendeur
De rayons baignés

A moi la poussière
A moi l’araignée
Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid

Tu feras le jour
Je ferai la nuit
Je protégerai
Ta vitre qui tremble

Nous serons heureux
Nous serons ensemble
Tu feras le jour
Je ferai la nuit

Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid
A vous la splendeur
De rayons baignés

A moi la poussière
A moi l’araignée
Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid

Je ne songeais pas à Rose

Poème de Victor Hugo (1802-1885) tiré de son recueil :  « Les contemplations »
Musique et voix de Julos Beaucarne (sa biographie sur Wikipedia)

Je ne songeais pas à Rose

Je ne songeais pas à Rose,
Rose au bois vint avec moi,
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres,
Je marchais à pas distraits,
Je parlais des fleurs, des arbres
Son œil semblait dire:  « Après ? »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais, j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose,
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours,
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire,
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
« Soit, n’y pensons plus ! » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.

Voir aussi :