Si vous n’avez rien à me dire..


Le texte de Victor Hugo, extrait des Contemplations
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Pourquoi me faire ce sourire
Dont la douceur m’emplit d’émoi ?
Si vous n’avez rien à m’offrir
Qu’un peu de trouble, de désarroi,
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Si vous n’avez rien à m’apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ?
À quel rêve angélique et tendre,
Avez-vous songé en chemin ?
Si vraiment je ne peux m’attendre
Qu’à des instants sans lendemain,
Si vous n’avez rien à m’apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ?
Si vous voulez que je m’en aille,
Pourquoi passez-vous par ici ?
Lorsque je vous vois, je défaille :
C’est ma joie et c’est mon souci.
Si vous n’avez rien à me faire
Que tout ce trouble, ce désarroi,
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?

L’ignorance

En souvenir d’une excursion en forme de « coupe en travers du Jura »
en juillet 2012

Jura Marine ManuMarine D. élève (cliquez pour agrandir)*

Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
Où rampe la raison, l’honnêteté périt.
         Victor Hugo, Les Quatre vents de l’esprit, 1881.

*Photo JCM Juillet 2012 : école primaire-musée de Château-Chalon (Jura)

La chanson de Maglia

maglia
Poème de Victor Hugo de son recueil  « Toute la lyre », chanté par Réggiani sur une musique de Gainsbourg (1961)

Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid
A vous la splendeur
De rayons baignés

A moi la poussière
A moi l’araignée
Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid

Tu feras le jour
Je ferai la nuit
Je protégerai
Ta vitre qui tremble

Nous serons heureux
Nous serons ensemble
Tu feras le jour
Je ferai la nuit

Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid
A vous la splendeur
De rayons baignés

A moi la poussière
A moi l’araignée
Vous êtes bien belle
Et je suis bien laid

Je ne songeais pas à Rose

Poème de Victor Hugo (1802-1885) tiré de son recueil :  « Les contemplations »
Musique et voix de Julos Beaucarne (sa biographie sur Wikipedia)

Je ne songeais pas à Rose

Je ne songeais pas à Rose,
Rose au bois vint avec moi,
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres,
Je marchais à pas distraits,
Je parlais des fleurs, des arbres
Son œil semblait dire:  « Après ? »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais, j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose,
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours,
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire,
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
« Soit, n’y pensons plus ! » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.

Voir aussi :